Qui approche de Stade la voit d’abord : la flèche octogonale et galbée de St. Cosmae et Damiani, haute de plus de 62 mètres, dominant les toits de la vieille ville. L’église des saints médecins Côme et Damien est l’église principale du district ecclésial de Stade — et, pour les mélomanes de toute l’Europe, un lieu de pèlerinage, car elle abrite l’un des premiers orgues auxquels Arp Schnitger ait travaillé.
De la chapelle comtale à l’église de ville
Les origines remontent au XIIe siècle : dans les années 1130 est mentionnée une chapelle des comtes de Stade, relevant de l’archevêque de Brême. Rien n’en est visible aujourd’hui de l’extérieur, mais le vocable date sans doute de cette époque — la cathédrale de Brême possédait d’importantes reliques des deux saints médecins syriens et pouvait en céder. À proprement parler, l’église s’appelle Ss. Cosmae et Damiani, car elle a deux patrons ; les Stadois disent simplement « l’église Cosmae ».
L’édifice de brique actuel, sur plan cruciforme, résulte de plusieurs campagnes du XIIIe au XVIIe siècle. Les parties les plus anciennes se trouvent dans la nef, les bras du transept et la croisée voûtée. Au XVe siècle, un chœur à trois vaisseaux remplaça les parties orientales d’origine. Une tour-lanterne existait dès 1550 environ : sur la vue de la ville par Martin Weigel, on la reconnaît à son dôme bulbeux ajouré.
L’incendie de 1659 et la nouvelle flèche
Le grand incendie de mai 1659 frappa durement St. Cosmae : la flèche, les charpentes et tout le décor intérieur furent perdus. La restauration prit un quart de siècle. En 1684 fut posé le dôme baroque octogonal qui marque depuis la silhouette de la ville. Sans la girouette, la tour mesure 62,45 mètres.
Presque tout ce qui rend l’intérieur si impressionnant date des années suivant l’incendie. Hermann Benningk, de Hambourg, refondit les cloches en 1663 ; la chaire, de la même année, est ornée de figures et d’un abondant décor cartilagineux. Les fonts baptismaux de marbre, de 1665, reposent sur des figures d’albâtre des quatre évangélistes. Les stalles du bras nord, vers 1730, étaient réservées au magistrat.

L’orgue de Huß et Schnitger
Entre 1668 et 1673, le facteur d’orgues de Glückstadt Berendt Huß construisit, avec son neveu et compagnon Arp Schnitger, le grand orgue de St. Cosmae. Pour Schnitger, alors âgé d’environ vingt-cinq ans, l’achèvement de l’instrument de Stade en 1673 couronna ses années d’apprentissage — il allait devenir le plus grand facteur d’orgues du baroque nord-allemand, avec des ateliers à Stade, Hambourg, Brême et Groningue, et une cinquantaine d’élèves. À la mort de son maître, Schnitger dirigea d’abord l’atelier de Stade pour la veuve Huß, puis y travailla comme maître indépendant de 1677 à 1682, avant de partir pour Hambourg.
En 1688, Schnitger remplaça quatre jeux de son maître par des jeux neufs. D’autres intervinrent plus tard — Otto Diedrich Richborn en 1727-28, puis, à partir de 1781, des transformations qui entamèrent la substance d’origine. De 1972 à 1975, l’instrument fut soigneusement reconstruit avec le concours de la commission d’experts en orgues de l’Église régionale de Hanovre. Il compte aujourd’hui parmi les grands orgues baroques conservés d’Allemagne du Nord.
Vincent Lübeck à l’orgue de Cosmae
À peine achevé, l’orgue trouva un organiste de premier plan : en 1674, Vincent Lübeck, qui avait tout juste vingt ans, prit son service à St. Cosmae et épousa la même année Susanne Becker. Il resta près de trois décennies à Stade et s’y fit une réputation d’organiste, de compositeur et de professeur. Une amitié de toute une vie le lia à Arp Schnitger. En 1702, Lübeck passa à l’église St. Nicolai de Hambourg, où il disposa du plus grand orgue de Schnitger. Son œuvre — préludes, fugues, cantates — appartient à l’école d’orgue nord-allemande et se rapproche stylistiquement de celle de Dieterich Buxtehude ; le jeune Jean-Sébastien Bach l’entendit jouer à Hambourg. Stade lui a plus tard dédié un lycée.

L’autel de Christian Precht
Le point de mire du chœur est le maître-autel baroque, réalisé par le sculpteur hambourgeois Christian Precht entre 1674 et 1677. La prédelle porte un relief de la Cène, le panneau central montre une Crucifixion très peuplée avec les quatre évangélistes, surmontée d’un relief de la Mise au tombeau ; le tout est couronné par le Christ ressuscité. La polychromie blanche des figures de bois sculpté imite le marbre ou l’albâtre.
Nettement plus ancien est le retable à volets, vers 1500, qui se trouvait à l’origine dans la chapelle Sainte-Gertrude, démolie depuis longtemps, devant la Schiffertor. Au centre se tient sainte Gertrude, abbesse, tenant une maquette de sa chapelle ; sur les volets extérieurs très abîmés sont peintes des scènes de sa légende — dont, comme il sied à une ville hanséatique, une cogue. Les vitraux colorés derrière le maître-autel datent de 1910.
Dix cloches dans la tour
La sonnerie compte dix cloches de bronze. Elle traversa intacte la Première Guerre mondiale ; durant la Seconde, la deuxième plus grande dut être livrée à la fonte. Elle fut remplacée en 1959 — don de l’armateur hambourgeois Ernst Jung et de son épouse Claere, qui firent également fondre un carillon de cinq clochettes. Ces petites cloches aiguës portent des noms d’instruments de musique et sonnent le motif pascal « Resurrexi ». Dans la lanterne pendent en outre deux cloches d’horloge de 1669 et 1683.
Avec St. Wilhadi et St. Nicolai à Bützfleth, St. Cosmae forme la paroisse luthérienne de la ville de Stade. Pour visiter les deux églises de la vieille ville en une après-midi : elles ne sont qu’à quelques minutes de marche l’une de l’autre — adresses dans la rubrique À voir.
Galerie



Sources
- Wikipedia: St. Cosmae et Damiani (Stade) (03/2025)
- Wikipedia: Arp Schnitger (08/2026)
- Wikipedia: Vincent Lübeck (07/2026)



