Qui fait aujourd’hui le tour de la vieille ville de Stade suit un cours d’eau bordé de saules pleureurs, de barques et de vieux ponts. Rien ne rappelle guère que ces douves faisaient partie de l’une des principales forteresses de l’Allemagne du Nord suédoise. Un bâtiment subsiste pourtant : l’arsenal du Pferdemarkt, bâti dans les dernières années de la période suédoise — et élevé sur une église.
Une île dans la Schwinge
La vieille ville de Stade est une île. La Schwinge et les douves enserrent le noyau historique, à l’intérieur des anciens remparts. Le lieu fut fortifié de bonne heure : après l’extinction des comtes de Stade, la ville revint à Henri le Lion, qui la réunifia et l’entoura d’un rempart et d’un fossé. La ville hanséatique du Moyen Âge s’en contenta longtemps — jusqu’à ce que la guerre de Trente Ans et les Suédois changent tout.
La forteresse suédoise
Les troupes danoises entrèrent en 1625, Tilly prit la ville pour la Ligue catholique en 1628, puis les Suédois la tinrent jusqu’en 1636, avant le retour des Danois. En février 1645, les Suédois s’emparèrent définitivement de Stade ; la paix de Westphalie de 1648 leur attribua les duchés de Brême et de Verden, et Stade devint siège de gouvernement. Le gouverneur général était Hans Christoph von Königsmarck, général heureux de la guerre, que la reine Christine éleva au rang de comte en 1651 — devant les portes de la ville, il se fit construire le petit château d’Agathenburg, du nom de son épouse Agathe.
La Suède voulait faire de Stade une forteresse. Le grand incendie du 26 mai 1659, qui emporta les deux tiers de la ville, en devint presque l’occasion : la ville fut reconstruite sur un plan inchangé et, dans le même temps, s’élevèrent les ouvrages suédois, dont des parties subsistent aujourd’hui. Que la place ait été prise au sérieux, la guerre suédo-brandebourgeoise le montra : du début avril au 13 août 1676, Stade, siège du gouvernorat suédois, fut assiégée, resta aux mains de l’adversaire jusqu’en 1679, puis revint à la Suède par la paix de Saint-Germain.

L’arsenal du Pferdemarkt
De 1697 à 1699, tout à la fin de la période suédoise, l’arsenal fut élevé sur le Pferdemarkt comme dépôt d’armes de la garnison. Le terrain avait une histoire : s’y dressait auparavant l’église St. Georg du XIIe siècle, église du quartier conventuel dont les moines avaient largement porté la Réforme à Stade au XVIe siècle. En 1363, l’archevêque de Brême Gottfried von Arnsberg, mort à Stade, y fut inhumé — sa tombe se trouve encore aujourd’hui au sous-sol de l’arsenal.
L’arsenal survécut des siècles à la forteresse. Jusqu’à la fin des années 1980, il servit de cinéma, de salle de concert et de théâtre ; c’est aujourd’hui un monument classé à usage de restauration, en plein cœur de la place principale. Deux canons devant l’entrée rappellent sa destination première.
1712 : la fin sous les bombes
La domination suédoise s’acheva avec la Grande Guerre du Nord. Du 29 août au 7 septembre 1712, les troupes danoises assiégèrent et bombardèrent la ville ; 152 maisons, un quart de la surface bâtie, furent détruites. Stade passa au Danemark, puis en 1715 à Hanovre. L’entrepôt suédois du port, achevé seulement en 1705, n’avait servi aux Suédois de magasin à vivres que sept ans.

Du rempart au parc
Une fois la forteresse militairement dépassée, les ouvrages devinrent verdure. À la fin du XIXe siècle, la ville transforma les fortifications en parcs — tout en s’étendant au-delà : le long des routes de sortie naquirent le faubourg de la Kehdingertor au nord, celui de la Hohentor au sud et celui de la Schiffertor à l’ouest ; les noms des anciennes portes y survivent. Le musée régional s’élève sur l’un des bastions, et les douves portent encore des noms comme bastion Güldenstern.
Le fossé n’est pas qu’un décor. Une partie des douves est devenue le port au bois ou port aux radeaux, séparé par l’écluse de la Salztor du port urbain construit en 1880 et s’étendant jusqu’à la passerelle du bastion Güldenstern. Il doit son nom à une scierie et à un négoce de bois qui y entreposaient leurs stocks ; longtemps, le club de voile de Stade y hiverna ses bateaux ; aujourd’hui, on y trouve des maisons flottantes et une location de bateaux. Par les douves, le port au bois reste relié au vieux port hanséatique — l’anneau d’eau de la forteresse fonctionne donc toujours, mais plus paisiblement.
Le tour des douves demande une bonne heure et passe par le musée de plein air, le musée régional et le port au bois. Adresses et informations dans la rubrique À voir.
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