Qui quitte Stade en direction de Hambourg se trouve, en quelques minutes, au cœur de l’Altes Land : des rangées de pommiers jusqu’à l’horizon, des digues, des fossés et des fermes aux pignons de brique savamment appareillés. Ce paysage n’est pas un hasard de la nature, mais le fruit de près de 900 ans d’endiguement et de culture fruitière.
Où se situe l’Altes Land
L’Altes Land fait partie du marais de l’Elbe, sur la rive sud-ouest du fleuve. Il s’étend de la Schwinge, près de Stade, jusqu’à la Süderelbe, à Hambourg. Côté Basse-Saxe, il englobe la commune de Jork et la communauté de communes de Lühe ; côté hambourgeois, les quartiers de Neuenfelde, Cranz et Francop. Stade se trouve à la lisière occidentale de ce territoire — Wikipédia décrit la position de la ville comme le « passage de l’Altes Land », entre le Kehdingen au nord-ouest et les marais fruitiers à l’est.
La région se divise en trois « milles » qui se succèdent le long de l’Elbe. Le premier, entre la Schwinge et la Lühe, est le plus proche de Stade. Il fut endigué et colonisé vers 1140. Le deuxième, entre la Lühe et l’Este, suivit avant la fin du XIIe siècle ; le troisième, jusqu’à la Süderelbe, ne fut complètement endigué qu’à la fin du XVe siècle, en raison du danger permanent des ondes de tempête.
Des Hollandais dans le marais
Le nom renvoie à l’histoire du peuplement. En bas allemand, la contrée s’appelle « Olland », le vieux pays — par opposition au « nouveau pays » gagné plus tard sur l’eau. Entre 1130 et 1230, les seigneurs firent venir des colons des Pays-Bas, experts en digues et en drainage. Le nom du village de Hollern, dans la commune de Hollern-Twielenfleth, rappelle encore ces Hollandais. À Steinkirchen se dresse depuis 1993 un monument à un prêtre nommé Heinrich, cité vers 1113 dans la première charte de colonisation pour les colons hollandais de la région Elbe-Weser.
Les villages sont de typiques villages-rues du marais : les fermes s’alignent le long de la route ou de la digue, et les terres de chaque ferme commencent juste derrière, s’étirant en bande étroite jusqu’à la zone tourbeuse en bordure de la geest. Ce motif de fossés, de chemins et de champs n’a guère changé depuis le Moyen Âge — une des raisons pour lesquelles la région fut proposée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2011 et 2021. Les deux candidatures échouèrent toutefois dès l’échelon régional ou ministériel.

Des maisons aux pignons ornés
Le trait le plus frappant des villages de l’Altes Land, ce sont les fermes richement décorées. Motifs de brique dans les pignons à colombages, joints blancs, poutres sculptées et les fameux portails d’apparat — des porches isolés devant la cour — témoignent encore de la prospérité des arboriculteurs sur ce sol fertile. La terre proche de l’Elbe passe pour la plus productive ; vers la geest, elle devient tourbeuse et ne fut exploitée que plus tard.
Pour voir ce type de construction sans faire de route : une ferme de l’Altes Land se trouve aussi à Stade, transférée au musée de plein air installé sur l’île des douves, où on peut la voir de l’extérieur à toute heure.
Pommes, cerises et moulins à claquettes
L’arboriculture sur la basse Elbe est étonnamment ancienne. La première mention écrite figure dans le livre de la ville de Stade : le 25 mars 1312, il y est question d’un « pomarium », verger des moines du couvent St. Georg à l’intérieur de la ville. Au XVIIe siècle, près de 200 hectares étaient déjà plantés. L’arboriculture devint l’usage dominant du sol dans la seconde moitié du XIXe siècle.
Aujourd’hui, pommes, cerises, poires et autres fruits poussent sur quelque 10 700 hectares. Environ 77 % des arbres sont des pommiers, près de 13 % des cerisiers. Qui traverse les villages en été voit les rangées de cerisiers sous de fins filets : ils protègent les fruits des étourneaux, « Spreen » en bas allemand. Autrefois, ce rôle revenait à des enfants munis de crécelles et de cris, puis à des moulinets claquants perchés sur de longues perches, et enfin à des canons au propane dont les détonations résonnaient des heures sur le marais. Depuis la fin des années 1980, les filets, plus silencieux, se sont imposés.

La floraison — et le changement climatique
Le moment le plus célèbre de l’année dans l’Altes Land est la floraison, au printemps, quand les vergers se couvrent de blanc et de rose. Pour la fête de la floraison, on élit chaque année une reine des fleurs, qui porte le costume de mariage traditionnel de la région. La date se déplace toutefois : depuis 1975, la température moyenne dans l’Altes Land a augmenté de 1,7 degré, et des variétés comme le Boskoop rouge fleurissent aujourd’hui plusieurs semaines plus tôt. Les spécialistes jugent possible qu’à long terme pêches et abricots remplacent une partie des pommiers.
Administration : de l’arrondissement de Jork à celui de Stade
Politiquement, l’Altes Land eut sa propre administration dès le Moyen Âge, en dernier lieu comme arrondissement prussien de Jork à partir de 1885. Lors de sa dissolution en 1932, la partie à l’ouest de l’Este revint à l’arrondissement de Stade, la partie orientale à celui de Harburg. En 1937, Cranz, Neuenfelde et Francop passèrent à Hambourg par la loi du Grand Hambourg. Depuis la réforme territoriale de 1972, Hove et Moorende appartiennent aussi à la commune de Jork, et donc à l’arrondissement de Stade. Pour les Stadois, cela signifie que Jork, Steinkirchen et Hollern-Twielenfleth ne sont pas seulement des voisins, mais font partie du même arrondissement — avec des bus KVG qui partent de la gare de Stade droit vers le pays des vergers.
Galerie




Sources
- Wikipedia: Altes Land (03/2026)
- Wikipedia: Stade (Abschnitt Lage) (08/2026)



