Stade n’est pas directement sur l’Elbe, mais l’Elbe n’est jamais loin. À quatre kilomètres de la vieille ville, la Schwinge s’y jette, et quelques kilomètres plus loin commencent la plage de sable, les prés de digue et la vue sur les navires qui montent vers Hambourg. Pour traverser l’Elbe, il faut prendre le bateau : jusqu’à Hambourg, il n’y a pas de pont.
Un fleuve sans pont
Entre Stade et la mer du Nord, aucune traversée fixe de l’Elbe ; en amont, le premier pont routier n’arrive qu’à Hambourg. Cela marque la région : la rive d’en face, le marais du Schleswig-Holstein autour de Glückstadt, est proche et pourtant accessible seulement par bateau. Après la Première Guerre mondiale, on projeta même un « canal hanséatique » qui aurait quitté l’Elbe à Stade pour rejoindre, via la Weser, le canal du Mittelland ; il fut définitivement abandonné dans les années 1950.
La basse Elbe est ici un fleuve à marée aux variations de niveau importantes. Cela en faisait aussi une source d’eau de refroidissement délicate pour les centrales nucléaires du fleuve — celle de Stade, à l’embouchure de la Schwinge, est aujourd’hui arrêtée, comme Brokdorf, Brunsbüttel et Krümmel. Un article distinct sur l’industrie au bord de l’Elbe suivra sur ce blog.
La plage de Bassenfleth
Pour avoir du sable sous les pieds l’été, on va à Bassenfleth, dans la commune voisine de Hollern-Twielenfleth. Une plage de sable y borde directement le fleuve, avec vue sur les porte-conteneurs qui passent et les éoliennes de l’autre rive. Les photos de cet article montrent la plage à marée basse, quand la vasière est découverte, et le paysage de digues derrière. Des moutons pâturent sur les digues de l’Elbe : ils gardent l’herbe rase et, en piétinant, tassent le gazon, ce qui maintient la digue stable. Quand il vente, des kitesurfeurs sillonnent le fleuve ; lors de l’hiver rigoureux de 2012, des glaces dérivaient même au fil de l’eau.

Le Kehdingen : le pays derrière la digue
Au nord-ouest de Stade, entre la Schwinge et l’Oste, s’étend le pays de Kehdingen. C’est un paysage plat de marais et de tourbières dont une partie, du fait des endiguements, se trouve sous le niveau de la mer. Pour les oiseaux migrateurs, la région est une halte importante ; de nombreuses surfaces hors digue sont protégées. Quatre îles de l’Elbe sont rattachées au Kehdingen : Krautsand, Gauensieker Sand, Asseler Sand et Bützflether Sand.
Historiquement, sous l’autorité de l’archevêché de Brême, le Kehdingen avait sa propre constitution, qui réglait surtout la construction des digues, et fut représenté à partir de 1541 comme état aux diètes de Brême. Jusqu’en 1932 exista un arrondissement prussien de Kehdingen, avec Freiburg an der Elbe pour chef-lieu ; il fut ensuite intégré à celui de Stade. L’économie reste agricole : cultures dans les jeunes marais, élevage laitier, un peu d’arboriculture à la manière de l’Altes Land et élevage de chevaux. Longtemps, des briqueteries marquèrent aussi la rive — Hambourg, tout proche, avait besoin de beaucoup de briques, surtout lors de la reconstruction d’après-guerre.

Le bac Wischhafen-Glückstadt
La principale liaison à travers le fleuve est le bac entre Wischhafen, dans l’arrondissement de Stade, et Glückstadt, dans celui de Steinburg. Il fait partie de la route fédérale 495 : c’est donc une route « flottante ». Le service fut fondé en 1919 par Ernst Sturm, un capitaine qui avait doublé le cap Horn. L’entreprise resta trois générations dans la famille, jusqu’à sa reprise à la mi-2020 par l’armement flensbourgeois FRS.
À cet endroit, l’Elbe fait environ trois kilomètres et demi de large ; le trajet couvre quelque quatre kilomètres et demi et dure une vingtaine de minutes. En journée, deux navires circulent par heure dans chaque sens, et toutes les 20 minutes en cas d’affluence. Les quatre bacs en service se ressemblent et embarquent chacun une cinquantaine de voitures ; le plus ancien, le « Glückstadt », date de 1959, le plus récent, le « Wischhafen », de 1988, sorti du chantier Sietas à Hambourg-Neuenfelde. Pour les cyclistes, le bac est le moyen le plus économique de passer de Basse-Saxe à la côte ouest du Schleswig-Holstein — la traversée suivante n’est qu’entre Lühe et Wedel.
L’armement a présenté un projet de quatre à six bacs électriques qui ramènerait la traversée à environ 14 minutes. En parallèle, la traversée fixe de l’Elbe par l’autoroute A 20 près de Glückstadt est planifiée depuis des années, et reste contestée en raison de son coût.
La Route allemande des bacs
Le bac de l’Elbe est aussi une étape de la Route allemande des bacs, un itinéraire touristique d’environ 250 kilomètres de Kiel à Bremervörde, ouvert en mai 2004. Il relie une cinquantaine de ponts, écluses, barrages et bacs — dont les deux derniers ponts transbordeurs d’Allemagne, à Rendsburg et à Osten sur l’Oste, et des bacs à câble tirés à la main comme celui de Gräpel. Dans l’arrondissement de Stade en font partie le bac de Wischhafen, le barrage de l’Oste et les bacs à prames de Brobergen et Gräpel. Qui veut vivre l’Elbe le temps d’un week-end peut donc partir de Stade, se détendre à la plage, traverser en bac et revenir par l’Oste.
Galerie



Sources
- Wikipedia: FRS Elbfähre Glückstadt Wischhafen (07/2025)
- Wikipedia: Kehdingen (08/2026)
- Wikipedia: Deutsche Fährstraße (04/2025)
- Wikipedia: Elbe (2026)



