Quand la période suédoise s’acheva, en 1715, Stade était épuisée : un port vétuste, la peste à peine surmontée, le grand commerce parti ailleurs. Restait son rôle de siège de l’administration et de l’armée — un rôle qu’elle assuma pendant un siècle et demi sous domination hanovrienne, française puis prussienne.
1715 : vendue à Hanovre
Le duché de Brême-Verden, dont Stade était la capitale, avait été conquis par les troupes danoises en 1712, pendant la Grande Guerre du Nord. En 1715, le Danemark vendit le territoire à l’électorat de Brunswick-Lunebourg, communément appelé Hanovre ; Stade passa ainsi aux Guelfes « par accord contractuel ». La Suède renonça définitivement à ses prétentions le 17 novembre 1719, par le traité de Stockholm. Ainsi s’achevait une confrontation qui avait fait de Stade, un siècle durant, une forteresse disputée.
Économiquement, la ville allait mal. Incendies, sièges et le bombardement danois de 1712, qui détruisit un quart de la surface bâtie, avaient laissé le port sans modernisation. La peste avait de plus éclaté en 1712. Dans le grand commerce, Stade perdait du poids — Hambourg était trop proche. Restait sa position stratégique : elle demeura garnison et devint le siège de l’administration des anciens duchés de Brême et de Verden.
La Landdrostei de Stade
Dans l’électorat, puis le royaume de Hanovre, le territoire des anciens duchés de Brême et de Verden fut administré, avec le pays de Hadeln, comme Landdrostei de Stade — une autorité intermédiaire entre le gouvernement de Hanovre et les offices locaux. Ce découpage se révéla étonnamment durable : il survécut à la période prussienne sous le nom de district de Stade jusqu’en 1978 et marque encore le périmètre d’institutions comme le Landschaftsverband Stade, fondé en 1963, qui fédère l’action culturelle dans le triangle Elbe-Weser.

Les Français, une préfecture, un empire
La période napoléonienne donna à Stade plusieurs maîtres en peu d’années. Le 18 juin 1803, les troupes françaises prirent la ville ; après leur départ, diverses occupations européennes se succédèrent jusqu’en 1806. De mars à décembre 1810, Stade abrita la préfecture du département des Bouches-de-l’Elbe-et-du-Weser, rattaché au royaume napoléonien de Westphalie. La ville fut ensuite intégrée directement à l’Empire français, jusqu’en 1813, au sein du département des Bouches-de-l’Elbe. Elle ne revint qu’après au royaume de Hanovre, issu de l’électorat en 1814.
1866 : la Prusse prend la main
La guerre austro-prussienne de 1866 décida aussi du sort de Hanovre : le royaume, du côté des vaincus, fut intégré à l’État prussien comme province de Hanovre. Pour Stade, ce ne fut pas une rupture mais un changement de nom assorti d’une promotion. La Landdrostei hanovrienne devint le district prussien de Stade, couvrant pour l’essentiel les anciens duchés de Brême et de Verden. En 1885 y fut créé le premier arrondissement de Stade — l’origine de l’actuel Landkreis.
Le district survécut à l’Empire, à la République de Weimar et au national-socialisme. En 1946, il devint partie du nouveau Land de Basse-Saxe et subsista comme district de Stade jusqu’à sa dissolution par la réforme de 1978. Jusque-là, les arrondissements de Stade, Cuxhaven, Osterholz, Rotenburg (Wümme) et Verden étaient administrés depuis Stade. Le « bâtiment du gouvernement » de la Bahnhofstraße, ancien siège du président prussien du district, rappelle ce rôle.
Garnison, fonctionnaires, tribunaux
Jusqu’à l’implantation de la grande industrie, au début des années 1970, l’administration régionale et l’armée façonnèrent la vie sociale de Stade. C’était une ville d’administration et de garnison, où fonctionnaires, officiers et juristes donnaient le ton. Cet héritage se lit encore dans la densité des institutions publiques : Stade abrite les tribunaux d’instance, de grande instance, des affaires sociales, administratif et du travail, les archives d’État, le cadastre et une agence pour l’emploi couvrant un ressort bien plus large que l’arrondissement. Pour une ville d’environ 48 000 habitants, c’est un équipement inhabituel — et il découle directement de la Landdrostei et du district.

Un canal jamais creusé
Que Stade n’ait pas tout à fait oublié son rôle portuaire, un projet de l’entre-deux-guerres le montre : entre 1919 et 1922 fut élaboré le plan d’un canal reliant le canal du Mittelland, près de Bramsche, à l’Elbe près de Stade en passant par la Weser à Achim ; on l’appela d’abord « canal Bramsche-Stade », puis « canal hanséatique ». Il ne vit jamais le jour ; dans les années 1950, il fut définitivement classé. L’avenir de la ville n’était pas dans les canaux, mais — un bon demi-siècle plus tard — dans la chimie, l’aluminium et l’aéronautique au bord de l’Elbe.



